Par Laurent CHATEAU
(Garanti sans IA)
L'Intelligence Artificielle est désormais partout. Pas un jour ne s'écoule dans la vie des entreprises sans qu'elle ne s'invite dans les conversations, sans qu'elle ne fascine les décideurs de sa promesse optimisante, sans qu'elle n'affole les marchés financiers, sans qu'elle nourrisse la crainte de voir l'humain et les emplois disparaître sous les octets et la mâchoire de ses algorithmes.
Chiffres et impacts de l'IA
Les chiffres sont objectivement vertigineux, inédits et somme toute terrifiants. Ils portent la puissance d'une lame de fond sans échappatoire, pensée par quelques uns et contre laquelle aucun esprit n'est en capacité de s'opposer. Libérée des laboratoires et proposée au grand public en novembre 2022 avec ChatGPT, elle dormait depuis des dizaines d'années dans les éprouvettes des réseaux neuronaux et de leur capacité à simuler par probabilité le raisonnement humain. Plus fort encore, cette aptitude démiurgique est mise désormais à la disposition du moindre clavier à vil prix et les réponses obtenues nous parviennent en quelques secondes. L'affranchissement du temps, de l'espace, de l'énergie et du coût est en apparence total.
Il y a bien quelques dommages collatéraux avec des réponses hallucinatoires qui réécrivent des fables de La Fontaine ou bien qui indiquent sans trembler du pixel, que les œufs de vache sont plus gros que les œufs des oiseaux, mais l'erreur affichée semble être passée de 40% pour les premiers gros modèles (LLM) à 5% aujourd'hui.
La bête a besoin d'eau et d'énergie pour refroidir ses organes et ses cerveaux délocalisés (data centers), ce qui n'est pas sans poser quelques problèmes d'approvisionnement énergétiques, contraignant les "7 merveilleuses" (Google, Apple, Meta/Facebook, Microsoft, Amazon, Tesla/X, NVIDIA) à acheter des centrales nucléaires ou des turbines à gaz et à investir dans les câbles d'acheminement des électrons. Le prix de la facture électrique augmente et les entreprises locales (comme les riverains) commencent à grincer de la souris en faisant monter les élus locaux au créneau. Mais le progrès et le leadership mondial sont à ce prix. Avant d'être une fuite énergétique et environnementale, l'IA est d'abord une fuite en avant.
Dès lors, les chiffres tombent et donnent le tournis. La valorisation boursière des 7 "merveilleuses" se montait à 20 000 milliards de dollars mi-février 2026. Le patron de Tesla pourra toucher près de 30 milliards de dollars en actions et les meilleures recrues de Meta sont payées plus de 100 millions de dollars par an.
Baptisé humblement "Stargate", le président américain Donald Trump a annoncé de son côté un investissement privé de 500 milliards de dollars pour construire l'infrastructure IA nécessaire aux centres de données. Pour rappel, le SMIC net en France est à 1 443 € mensuels et le budget de la totalité de l'Etat français en 2025 est de... 582 Mds de dollars.
Vertigineux, on vous dit !

Ces questions ontologiques rarement posées lorsqu'on parle d'IA
Derrière l'enthousiasme de façade et au-delà des questions énergétiques et environnementales évoquées, l'apparition de l'IA générative dans notre quotidien pose (ou impose) des questions ontologiques, économiques et philosophiques rarement évoquées dans la médiasphère.
Une traduction paresseuse voire erronée de l'intelligence
Tout d'abord, la terminologie d'"Intelligence Artificielle" est une mauvaise traduction de l'anglais car elle pourrait laisser supposer que l'intelligence dont on parle est du même ressort ou de même nature que l'intelligence humaine. Il existe pourtant des nuances idiomatiques fortes en anglais qui empêchent de traduire le terme "Intelligence" par la même "Intelligence" en français. Cette traduction par reproduction du terme ne transmet pas l'idée que la signification fidèle du terme anglais "Intelligence" est plutôt "renseignement" ou bien "information" ou bien "donnée". C'est ce vocable qui est par exemple à l'origine du MI5 britannique ou de la CIA (Central Intelligence Agency) américaine. C'est ainsi que l'IA devrait plus justement se traduire en français par quelque chose comme : "Système de traitement artificiel" ou bien "Traitement artificiel de l'information", certes moins sexy et vendeur mais plus proche de la réalité et peut-être moins anxiogène. Mais les hommes de markéting à la recherche d'investisseurs sont passés par là et ont quelque peu dénaturé l'intitulé, en lui attribuant un statut anthropomorphique. Loin de l'"effet ouaouh", il est pourtant nécessaire de le garder dans un coin de son esprit et de renvoyer le Frankenstein numérique, dans la vallée du silicone.
Quel impact sur l'emploi et notre système socio-économique ?
Les études nous avaient prévenues il y a quelques années et on en vit aujourd'hui les premiers impacts. Des centaines de milliers d'emplois disparaissent dans le monde de la bancassurance, du conseil ou de l'informatique à telle enseigne qu'un coefficient de résistance des emplois à l'IA a été développé. Cette dynamique anti-schumpeterienne (il disparaît bien davantage d'emplois qu'il ne s'en créé) n'est plus à craindre ou à anticiper mais désormais à traiter ou à corriger. L'effet de surprise concerne davantage la vitesse avec laquelle le mouvement du "grand remplacement" (des humains par les lignes de code, les robots et les octets) se manifeste. Pour des raisons de compétitivité sur des marchés mondialisés, les entreprises n'ont guère le choix que de suivre le leader le plus automatisé. Le monde se robotise et s'algorithmise sans marche arrière possible. Machine : 1, Humain : 0.
Dans le même ordre d'idée et l'enseignement supérieur s'en inquiète, les jeunes diplômés sont aujourd'hui moins recrutés car les tâches répétitives qu'on leur confie au départ de leur carrière (synthèse, classement...) sont désormais prises en charge par la machine. Aujourd'hui les conseillers et les jeunes, les artistes graphiques, les développeurs de codes, les premières couches d'expertise (juridiques, comptables, commerciales, marketing, industrielles...) et demain le patron lui-même. Certaines entreprises disposent déjà de leur IA dans le Board exécutif et certains CEO se sentent menacés dans leur capacité à donner la vision, arbitrer et organiser la gouvernance de leur organisation. Les métiers manuels paradoxalement (garagistes, plombiers, chauffagistes, réparateurs divers) semblent les moins menacés à court terme même si cela commence à changer. On pense par exemple de plus en plus à des robots "aide-soignants" capables de retourner les malades ou de servir de compagnon de (fin de) vie.
Dans cette folle sarabande du "tous remplacés" et des usines sans humains, se pose la question sociétale de ce que l'on va faire de tous ces nouveaux oisifs.
Qui code l'IA ou le syndrome de la "blackbox" ?
L'IA reste malgré tout humaine dans le fait qu'elle porte fondamentalement les biais de celui qui la code et des données qu'elle utilise. On a ainsi découvert que les développeurs d'IA sont essentiellement des hommes jeunes (33 ans en moyenne), blancs, très bien formés, bien payés, hétérosexuels et occidentaux (pays industrialisé, valeurs spécifiques...). Ce n'est ni bien ni mal mais cela véhicule simplement les biais cognitifs inconscients de leur personnalité et de leur éducation : sélection et poids des variables (ce qui est important, moins important), liaison entre les données, projection du bien et du mal, rapport au risque, valeurs... A l'aide de jeux de données enrichis, les modèles d'IA générative se débiaisent progressivement mais cela prendra du temps et obligera dans tous les cas, à faire des choix algorithmiques qui insatisferont forcément une communauté humaine particulière.
La 2è question que pose l'IA sur le plan du développement informatique est celle de la compréhension. On se rapproche d'un momentum où l'IA elle-même pourra s'"autocoder" et choisir par elle-même ses critères de codage et ses données sans que l'humain lui-même ne les comprennent. Face au deep-learning de plus en plus performant, la machine va de plus en plus produire des résultats qui ne seront pas compris par le cerveau humain. La question qui se pose devient alors la suivante : quand décide-t-on d'arracher la prise électrique ?
Dans le monde des affaires, les décideurs font reposer leurs décisions sur des modèles qu'ils ne comprennent pas, sur la base d'une confiance aveugle à un algorithme qui s'assimile à un gourou et à la soumission à un credo quasi religieux dont on ne connaîtrait pas la langue. On obtient une réponse mais on ne sait pas véritablement si elle est juste ou pas. Si le patron souhaite obtenir 30% de productivité, la machine lui sortira un résultat mais il n'aura aucun moyen de vérifier le raisonnement logique qui a conduit la machine à proposer de licencier 50% du personnel. On connaissait la "pensée magique" des humains qui les incite à voir le réel comme ils se l'imaginent, l'IA crée désormais la "solution magique" qui dédouane de comprendre, qui déresponsabilise et qui fait gagner un temps précieux.
Où trouver la vérité ?
L'IA nous fait entrer de plain-pied dans un univers flou où ce que l'on croit voir n'a jamais existé. Non le Pape ne s'est pas amusé à porter des escarpins contrairement à ce que je viens de lire dans le journal. Oui, tel pays est intervenu pour fausser les élections dans tel autre pays. Ce n'est pas vrai dit l'autre. Où est la vérité ? Où est l 'infox ? Perdu dans cette univers d'informations contradictoires et fabriquées, où suis-je et que penser ? Ce monde de post-vérité n'a jamais été aussi proche du monde du pré-mensonge, une ère de manipulation aux mains de ceux qui gèrent la data, la nouvelle monnaie du monde économico-politique. Poutine l'a déclaré dès 2017 : "Celui qui deviendra le leader en IA dominera le monde". Le dire ne résout rien mais en être conscient permet de prendre du recul et d'exercer son esprit critique pour mieux appréhender "à qui le crime profite".
L'IA rend-elle idiot ?
Parmi d'autres, une étude du MIT et d'autres sources ont démontré que l'emploi régulier de l'IA générative affectait rapidement et en profondeur les fonctions cognitives du cerveau comme la créativité, l’attention, la capacité de structuration de la pensée ou la mémoire. Pourquoi se concentrer, mémoriser et créer puisque la machine sait tout et peut tout faire ? Les connexions neuronales ne se font plus, le cerveau perd sa neuroplasticité et se rabougrit, il vieillit prématurément. Depuis l'invention des smartphones qui nous permet de ne plus avoir à mémoriser les numéros de téléphone, l'IA enfonce le clou et renforce notre passivité neuronale dans des proportions inquiétantes, notamment chez les jeunes.

Quelles parades sociétales face à l'IA ?
Fort de ce constat, il est essentiel de trouver des parades sur le plan individuel comme collectif. Les mesures identifiés ici tracent la route et devront être considérablement affinées et enrichies.
- Continuer de créer des contenus (articles, œuvres diverses...) humains sans l'aide de l'IA et rémunérer la création pour permettre aux LLM (grands modèles de données) de toujours s'enrichir et d'éviter de tourner en rond en s'alimentant de données toujours plus synthétiques, redondantes et hallucinées (risque endogamique). Un brevet vient d'être déposé pour coter entre 0 et 1 le gain d'information et l'originalité du contenu.
- Pour pallier la montée du chômage à venir, la réponse du revenu minimum (co-financé par les boîtes de tech) émerge sans rien résoudre fondamentalement. La solution est molle et paresseuse, elle nous projette dans le monde sucré et abrutissant (bien que souvent consenti) de la drogue et des jeux vidéos. Le revenu minimum est une réponse passive apporté à un humain qui n'est plus habité et dont la conscience n"habite plus la demeure" comme on dit en Qi Gong. Cette réponse facile qui renie le réel est celle de la fuite, celle du rêve dans le rêve, celle de la projection de soi dans le monde d'un autre, celui du créateur du jeu-vidéo. Outre qu'il n'existe pas, ce monde est limité, subi et pire, il n'enseigne pas. Les couleurs sont jolies mais les émotions sont factices, les expériences sont fortes mais indolores.. On joue par le jeu à la vie mais ce n'est pas la vie. Une vie de jeu-vidéo ou de drogue est un simulacre d'incarnation, une mise en abîme stérile, une non-incarnation qui exclut l'épreuve, la souffrance, l'apprentissage et nous condamne à ne pas évoluer. La vie par les mondes virtuels de la drogue ou du jeu-vidéo n'est pas une vie, c'est une "vie-llusion" et une stagnation évolutive.
- Il devient urgent que la communauté des économistes, des sociologues, des anthropologues, des psychologues et l'ensemble de la société civile se rassemble et se penche sur la rupture anthropologique qui s'avance. Comment permettre aux 8 milliards d'individus qui peuplent cette planète de gagner leur vie et de vivre décemment s'ils n'ont plus d'emplois ? Quoi faire de tout ce temps comme chantait Bécaud ? Devenir tous des artistes comme scandait Starmania ? Des sportifs ? Des entrepreneurs en rémunérant les contenus mis en ligne ou en organisant des combats de robots ? Des techniques comme le Design fiction pourraient être utiles à exploiter. Loin des machines, les peuples racines pourraient également être des sources d'inspiration de premier plan (notion de communs vivants...). Troc basé sur le temps et les monnaies locales, temps de contribution volontaire à la communauté et gardiennage du vivant, valorisation du temps de travail de l'évolution de sa conscience (méditation, prière, Qi Gong, yoga...), sociétés autarciques.., Quelques pistes sont posées mais tout reste à faire en la matière et de nombreuses visions auront à s'affronter sur le terrain politique.

2 mouvements complémentaires : les "augmentistes" et les "conscientistes"
- Pour éviter de devenir idiot et maintenir sa neuroplasticité, tenter comme avant de faire seul et sans IA dans un premier temps (pour faire un plan, une synthèse, trouver de nouvelles idées...) avant de recourir à l'IA.
- Se déconnecter autant que possible de la machine en se posant la question suivante : combien de temps suis-je capable de vivre sans mon Smartphone ou mon PC : 10 mn ? 1 heure ? 2 heures ? 1/2 journée ? 1 journée ? Davantage ? Prendre le temps de lire des livres plutôt que les contenus vitrifiés et fugitifs de nos smartphones.
- Bien vérifier les sources des informations communiquées par la bête à données (BaD) et exercer son esprit critique sur le résultat produit par le prompt.
- L'incapacité à trouver la vérité dans un monde qui l'invente oblige à se rapprocher du réel et de ce qui existe vraiment, à se rapprocher de ce qui est proche et appréhendable par nos 5 sens en dehors de la technologie. Le mensonge du virtuel est un appel de la vérité du vivant et de ce qui existait avant que la technologie ne nous abuse. On va y revenir.
Sur le plan sociétal, l'IA n'est à mes yeux qu'une étape. Il viendra un moment (peut-être pas si lointain) où une partie de la population sera exaspérée par le mensonge ambiant, par la vitesse derrière laquelle le biologique ne pourra plus suivre, par la production de données toujours plus nombreuses, intimes, biométriques et liberticides, lassée par ces créations qui se ressembleront toutes puisque créées à partir des mêmes données endogamiques, épuisée par la quête d'immortalité ou de puissance de quelques uns.
Deux mouvements anthropiques distincts devraient alors apparaître et coexister. Le mouvement des "Homo-transhumanis" (10% à 20% de la population) cherchera à se fondre dans l'IA et l'informatique quantique, dans la technologie à la recherche de performance augmentée par la donnée ou le robot, la vitesse et l'optimisation permise par la collecte toujours plus importante de données par des capteurs toujours plus nombreux. Fasciné par la perfection d'apparence du métal et par la puissance du calcul, le mouvement "augmentiste" rejoindra celui du "dataïsme" et sera celui de la croissance horizontale. Il apportera des bienfaits certains dans le domaine de la recherche médicale et de l'espérance de vie, de l'exploration spatiale et de la connaissance de l'univers, de la sécurité des biens et des personnes, etc.). Bien que promis (une société moins coûteuse, plus riche car plus optimisée...), le bonheur général de nos sociétés ne pourra pas être garanti car cette dynamique sera concomitante avec la volonté d'une optimisation globale de la vie de la cité et de son contrôle : crédit social, traçage systématique de chacune et collecte des données personnelles (biométriques, médicales, bancaires, assurancielles, relationnelles, domotiques, judiciaires, culturelles, marketing, etc.) amenant possiblement au pire des régimes totalitaires puisque rien ne pourra être caché au pouvoir en place (contrairement aux totalitarismes d'antan et à la papa où il était toujours possible de simuler une adhésion au régime). Data-IA is watching you !
Devenir ultimement un "Homo Conscientis"
L'autre partie, 20% à 30% de la population peut-être, cherchera à revenir à l'essentiel et se posera la question ontologique de ce qui distingue un humain d'une machine. Le film Terminator Renaissance a effleuré ce sujet. Ce mouvement naturaliste et "conscientiste", osons le néologisme, supposera un supplément de conscience pour ne pas simplement redevenir un "humain d'avant". Ce mouvement appelle à un humain biologiquement augmenté en conscience, à un humain que l'on pourrait appeler "homo conscientis". Cet humain convoquera la sentence de Rabelais selon laquelle "science sans conscience n'est que ruine de l'âme". A la fuite en avant de la technologie, il optera pour une fuite en dedans, vers la liberté et la conscience de soi et du vivant. Il optera pour la science au service de la conscience autant que la conscience au service de la science. Plus la science progresse et plus la conscience doit conduire l'orchestre sous peine d'accoucher de monstres (clonage, eugénisme, systèmes totalitaires...). De même que le temps de la machine et de la croissance horizontale advient, monte le temps de la conscience et de la croissance verticale. En même temps que des centaines de milliards sont injectés dans la recherche dure en quête de la "superintelligence" qui nous rendra équivalent aux dieux, il importe de renforcer considérablement les budgets de recherche autour de la noétique et de la post-matérialité (conscience délocalisée, EMI, EBO. inédie, capacités parapsychiques...), de réaffirmer quelques règles éthiques et de sagesse vitales, de refonder les droits humains et d'envisager les droits de la Conscience.
A titre individuel, face aux milliards nécessaires au mouvement "augmentiste", l'Homo-Conscientis prônera la frugalité et le dépouillement. L'Homo Conscientis comprendra que la vérité, le codage et l'intelligence véritables sont en nous et cherchera à se centrer sur ce qui fonde véritablement un humain. Il cherchera à se rapprocher et à renforcer tout ce qu'une machine ne sera jamais. Précisons la chose.
La machine ne peut avoir de corps (à ce stade) ? Alors travaillons le corps ! Comme j'ai pu l'écrire dans un autre article, à l’heure du synthétique, il est essentiel de revenir à son enveloppe biologique, à ses ressentis et à l'expérience sensitive et psycho-émotionnelle, à ses biorythmes, au vivant, à la nature et au réel, à ce qui est avéré depuis des centaines de millions d’années, à ce qui nous porte et à ce qui existait avant l’apparition et l’acmé de la machine.
La machine n'existait pas au temps de la nature ? Alors redécouvrons en conscience notre relation complice avec la nature et le vivant, en soi et autour de soi, pour mieux s'y ressourcer et s'y équilibrer, partons restaurer la faune et la flore abimées pour mieux la ressentir et s’y fondre, entrons en résonance énergétique avec nos cousins éloignés, avec l'animal, le végétal et le minéral, ressentons sensiblement les jeux d'interdépendance entre le microcosme et le macrocosme.
La machine aime la vitesse ? Alors apprenons à ralentir ! Dans le combat pacifique de la préservation de notre humanité qu’il nous faut désormais livrer, il est essentiel de lever le pied et ralentir devient un acte de rébellion. Il est important de retrouver les grands cycles de la nature et de nos biorythmes, de pacifier notre relation au temps pour faire exister l'autre, soi et le monde. Il devient vital de s’accorder des « jeûnes technologiques », des temps de déconnexion totale avec les écrans qui nous volent notre temps, notre liberté, notre humanité et notre verticalité. Ils voulaient nous voler du temps de cerveau, le temps est venu de s'en ressaisir.
La machine n'a pas d'amis ni de cœur ? Alors tissons des liens, travaillons et nourrissons nos relations humaines, dans notre couple, avec nos enfants, notre famille, nos amis, nos voisins, nos collègues, les inconnus... Prenons du temps pour soi et pour l'autre, travaillons à l'ouverture du Cœur par l'écoute, par les gestes envers les plus faibles, par les arts énergétiques, par les nourritures de l'esprit (lectures, films...) qui font grandir, par la création artistique... Acceptons l’"à peu-près" de notre humanité et nos erreurs. Le « Juste » de l’homme n’est pas le parfait de la machine. Travail d'une vie, apprenons enfin à mieux aimer.
La machine aime tout contrôler ? Alors réapprenons la liberté ! Limitons les capteurs, refusons la biométrie et les reconnaissances faciales, ne téléchargeons pas les applis bancaires ou médicales sur nos téléphones. Continuons à payer en espèces, optons pour le troc. Il nous appartient désormais de poser quelques grilles sur les façades de nos smartphones pour inverser le sens du parloir. Semblables aux nuages qui ne connaissent pas la frontière et loin des standards et de l’harmonisation forcée souhaités par la société-machine, travaillons à créer de nouveaux territoires de liberté, pour penser, pour créer, pour aimer, pour parler ou débattre, en acceptant notre diversité comme un bienfait. Enrichissons-nous de la différence d'opinion et ouvrons-nous à la tolérance. Seul un algorithme ou une équation donne une réponse unique.
La machine aime les mots-techniques ? Alors cessons de parler comme des machines. Entrons dans la lexico-vigilance, ré-humanisons le verbe, réhabilitons des expressions comme « se mettre la rate au court-bouillon » plutôt que des termes comme "en mode", "j'imprime pas", "H24" et arrêtons de "ne pas avoir de bande passante". Nous ne sommes PAS des machines. Cet article parle de cela.
La machine n'a pas d'âme ? Alors travaillons à élever notre conscience ! La verticalité et la transcendance sont nos ultimes sanctuaires. Dans la guerre des territoires que nous l'avons obligé à nous livrer, la machine nous laisse le corps, le cœur et l'âme. Si l'on perd le rapport à notre véhicule de vie, à nos tissus et à nos biorythmes, si l'on néglige notre aptitude à aimer, si l'on oublie notre conscience spirituelle et notre verticalité, l’Homme sera chassé de lui-même et donnera toute licence au synthétique (ou au « saintétique »). Pour élever et raffiner notre conscience, apprendre à créer en conscience et accéder aux étages les plus subtils de notre humanité, mettons en œuvre tout ce qui précède, pratiquons la méditation et les arts alchimiques. Devenons des Homo-conscentis et des co-créateurs conscients de la vie.
Mais alors, entre les transhumanistes et les Homo Conscientis, on pourrait se poser la question de ce que deviendront les 50-60% des humains qui renonceront à choisir entre les "Homo-transhumanis" et les "Homo-Conscientis". Certains, entre 10% et 20% peut-être, refuseront de choisir ou bien tenteront de prendre le meilleur des deux mondes et de s'adapter dans la douleur. On pourra les appeler les "Homo Doloris". Les derniers enfin, aux alentours possibles d'un tiers de la population succomberont aux charmes envoutants de la chimie et des jeux vidéo. On pourra les appeler des "Homo Virtualis". A mi-chemin entre les Homo Transhumanis et l'Homo Conscientis, il est probable qu'ils deviennent les jouets des premiers et les étrangers des deuxièmes.
Il est alors possible que pour eux, l'intelligence ne devienne qu'un artifice.
Crédits photo : Générées par. IA qui est une bon serviteur mais un mauvais maître.
